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GPT-6 Astra ou Claude Fable 5.1 : la mauvaise question pour une PME

GPT-6 et Claude Fable 5.1 sont sortis la même semaine. Avant de comparer, une question pèse plus que le classement : qui, chez vous, a de quoi décider ?

Stéphane Lotz6 min de lecture

Le message est arrivé un mardi soir, entre deux rendez-vous : « Tu as vu, GPT-6 est sorti. On a mis l’équipe sur Claude en juin. On s’est trompés ? » Une PME de trente personnes, un dirigeant sérieux, qui avait fait l’effort de choisir, de former, de brancher l’outil sur sa messagerie. Et qui, une semaine après l’annonce des deux nouveaux modèles, se demandait déjà s’il fallait tout défaire.

Je lui ai répondu non. Pas parce que Claude est meilleur. Parce que la question n’était pas la bonne.

Ce que disent les comparatifs, et pourquoi ils ont raison

Les deux modèles sont sortis à deux jours d’intervalle, début septembre : Claude Fable 5.1 chez Anthropic, GPT-6 Astra chez OpenAI. Depuis, les comparatifs se succèdent, et ils disent à peu près tous la même chose.

Les deux sont facturés au même tarif par leurs éditeurs. Fable 5.1 prend la tête de l’indice d’intelligence d’Artificial Analysis, le classement de référence ; Astra est plus rapide, consomme moins pour une même tâche, et domine sur le pilotage d’écrans et de logiciels. L’un lit mieux les documents longs, l’autre clique mieux à votre place. Aucun ne gagne le match, et les écarts d’aujourd’hui seront comblés au prochain lancement. Le Journal du Net détaille tout cela très bien.

Cette analyse est juste. Elle est aussi parfaitement inutile pour une entreprise de trente personnes. Elle mesure ce que les modèles savent faire sur des épreuves standardisées. Elle ne mesure pas ce qu’ils peuvent faire avec ce que vous êtes en mesure de leur donner.

Pourquoi l’écart entre les deux ne se verra pas chez vous

Un modèle, quel qu’il soit, ne raisonne que sur l’information qu’il reçoit. Dans une grande entreprise, cette information existe : procédures écrites, bases de données tenues à jour, historiques clients propres. Le modèle le plus intelligent y fait une différence, parce qu’il a de quoi travailler.

Dans une PME de 10 à 50 personnes, ce que je constate en mission est différent. L’information qui compte n’est pas dans un système. Elle est dans la tête du dirigeant, dans des mails de 2023, dans un fichier que seule une personne sait lire, et dans des règles que personne n’a jamais écrites parce que « tout le monde les connaît ». Le tarif réellement accordé à tel client. Le fournisseur qu’on ne relance jamais avant le 10 du mois. La raison pour laquelle tel chantier passe avant tel autre.

Branchez le modèle le plus puissant du monde sur cette organisation, et vous obtiendrez la même chose qu’avec le précédent : une réponse bien tournée, générique, et fausse sur le point qui compte. Pas parce que le modèle est mauvais. Parce qu’il ne pouvait pas savoir.

C’est exactement la raison pour laquelle vos chefs d’équipe vous remontent tout. Ils ne sont pas moins capables que vous. Ils sont moins informés. Un modèle plus intelligent ne change rien à cela. Il le rend seulement plus visible.

Le test que je fais faire avant de parler d’outil

Quand un dirigeant me demande quel modèle choisir, je lui propose une expérience de dix minutes, avec l’outil qu’il a déjà.

Prenez une tâche que vous confieriez à un nouveau chef d’équipe : préparer la réponse à un client mécontent, chiffrer une demande hors catalogue, préparer le point du lundi. Donnez-la au modèle telle que vous la donneriez à un humain, sans tricher, sans lui souffler la réponse.

Puis regardez où ça coince. Le modèle va demander vos conditions tarifaires. L’historique du client. Qui a le droit de valider une remise. Ce qui s’est dit au dernier point. Notez chaque question.

Chaque question que le modèle vous pose, votre futur chef d’équipe vous la posera aussi. Et chaque fois que vous répondez « c’est dans ma tête, je te dirai », vous venez de mettre le doigt sur ce qui vous rend indispensable.

En dix minutes, ce test vous apprend plus sur votre entreprise qu’un classement de modèles. Il ne vous dit pas quel outil acheter. Il vous dit ce qu’il faudra écrire, ranger ou décider avant que n’importe quel outil serve à quelque chose.

Ce que je ferais cette semaine, et ce que je ne ferais pas

Je ne changerais pas de plateforme. Une bascule se paie trois fois : réécrire les consignes que l’équipe a mises au point, reformer ceux qui commençaient à s’en servir, rebrancher les outils connectés. Pour un gain que le prochain lancement effacera. Là-dessus, les comparatifs sérieux disent la même chose que moi.

Je ne mettrais pas le sujet à l’ordre du jour. Une réunion « GPT-6 ou Claude ? » produit une heure de débat et zéro décision, parce que personne dans la salle n’a de quoi trancher.

Je ferais plutôt trois choses.

  1. Lister les cinq décisions qui remontent à vous chaque semaine. Celles que vous prenez en deux minutes, et que personne d’autre ne prend.
  2. Pour chacune, écrire l’information qu’il faut pour la prendre, et où elle vit aujourd’hui. Un fichier, une personne, votre mémoire.
  3. Donner ces cinq décisions, une par une, au modèle que vous avez déjà, avec l’information écrite à l’étape 2.

Là où le modèle s’en sort, un chef d’équipe s’en sortira aussi : vous venez de trouver une décision à déléguer. Là où il échoue, vous savez précisément ce qui manque. Et ce n’est jamais le modèle.

Ce que l’IA fait très bien, et pourquoi je peux le dire

Je ne suis pas en train de vous dire que ces outils ne servent à rien. Je construis avec eux tous les jours : des systèmes qui génèrent les rapports d’affaires, préparent les rendez-vous, rédigent la première version de documents qu’une équipe met ensuite au propre. Quand l’organisation est prête, l’IA rend des heures, et ces heures se mesurent.

Mais dans une PME de maintenance que j’ai auditée cette année, quatre pistes d’IA réelles, techniquement faisables, ont été écartées au profit de trois chantiers d’organisation. Non parce que l’IA n’aurait pas marché. Parce qu’elle aurait fait tourner plus vite un circuit qui ne fonctionnait pas. Un outil ne corrige pas une organisation confuse, il l’accélère.

Je peux écrire cela sans arrière-pensée : je n’ai aucune licence à placer, ni chez OpenAI, ni chez Anthropic, ni ailleurs. Personne ne me rémunère sur ce que je vous conseille de garder ou de changer. C’est la seule raison pour laquelle mon avis sur ce match vaut quelque chose : il ne me rapporte rien.

Conclusion : la question qui ne bougera pas d’ici Noël

Le vainqueur du classement aura changé avant la fin de l’année. Les prix auront bougé. Il y aura un nouveau comparatif, et un nouveau message un mardi soir.

La question qui, elle, ne bougera pas est celle-ci : avant d’automatiser quoi que ce soit, qui, chez vous, dispose aujourd’hui de l’information pour décider ?

Tant que la réponse est « moi », le modèle n’a pas d’importance. Le jour où la réponse change, n’importe lequel des deux fera l’affaire.


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